De cendres et de larmes de Sophie Loubière

De cendres et de larmes de Sophie Loubière

Whooz : Sophie Loubière
ON : De cendres et de larmes – Fleuenoir, 2021

De cendres et de larmes
de Sophie Loubière


Chronique de Bruno Delaroque

Avec 20 ans de carrière et 11 romans, Sophie Loubière est une valeur sûre du paysage littéraire français. Justement récompensé entre autre par le prix « Landerneau Polar 2020 » pour « Cinq cartes brûlées » (Fleuvenoir, 2020), la romancière possède un style particulier et cette fois encore, un prologue et un chapitre suffisent pour accrocher son lecteur. De son précédent roman, justement, elle conserve sa grande faculté d'observation de la vie et du genre humain qu'elle arrive à retranscrire avec des mots simples.

Elle nous replonge dans le drame de l'incendie de Notre Dame avec effroi, entre impuissance, peurs et émotion pure. C'est là que l'on fait la connaissance de Madeline, jeune femme pompière, en lutte contre ce feu démoniaque qui avale tout et dont les images ont fait le tour du monde.

Héros d'un jour que ces hommes et femmes sauvant ce symbole ; et le lendemain, revendiquant la juste reconnaissance de leur métier à risques, ils sont repoussés à coup de lance à eaux et grenades lacrymos. Ce monde est décidément à vomir !

Le mari de Madeline, c'est Christian, un jardinier un peu fantasque. Une promotion inattendue lui permet de devenir conservateur du cimetière de Bercy. Gardien des tombes, des morts et du passé, avec en prime une maison de fonction de 180m2 au cœur du cimetière. Un rêve absolu d'espace et de liberté, sans vis à vis pour cette famille de cinq vivant étroitement les uns sur les autres dans un appartement exigu : Le Graal !

C'est au demeurant un joli pied de nez au destin entre Madeline qui sauve des vies et Christian qui veille sur les morts. Michael, issu d'un premier mariage, Eliot et Anna sont les trois enfants du couple, du plus grand à la plus petite.

Habiter dans un cimetière est singulier. Si la tranquillité est de mise, il n'est pas tout à fait possible d'y vivre normalement. Pas de déjeuner en terrasse, pas de fêtes avec les potes pour les enfants, on est proche d'une vie monacale en cellule. C'est une espèce de confinement pernicieux et oppressant. Atmosphère feutrée et lourde, plutôt que joyeuse et animée. S'adapter aux lieux, et à cette maison va finalement rythmer de façon suffocante l’existence de la petite famille. On sent bien insidieusement que l'eldorado entrevu risque de se transformer en cauchemar.

Dans cet opus de Sophie Loubière, il y a cette fois-ci un regard sur notre monde, sur les maux qui gangrènent les grandes villes et existent de façon sous-jacente. Les marchands de sommeil qui exploitent la misère, les gangs organisés des pays d’Europe centrale délestant les riches touristes étrangers et la faillite d'une Police incapable de faire face. Cette même police qui est bien plus à l'aise pour jouer du LBD dans les manifs gilets jaunes et totalement désarmée pourtant dans cette mission régalienne de sécurisation des rues, du Métro et des gens.

Indicible pression sur notre duo de personnages principaux, un anniversaire de mariage, un orage en soirée vient révéler des failles, des fêlures et des non dits, tel un tsunami invisible noyant les dernières illusions. Une vieille maison, un cadre inquiétant, fuites d'eau, plombs qui sautent, enfant malade, un déluge d'émotions et de tensions, un décor de film d'horreur !

Dans ce huis clos angoissant, l'auteure aborde la vie, la mort, la culpabilité du survivant, et dresse un constat indigné de notre monde. Elle ne juge pas, mais souligne, elle pointe du doigt des événements qui ont marqué beaucoup de français. Sa plume révèle les incohérences de l'existence et c'est un voyage au cœur des dangers de la vie. Plus introspective cette fois-ci, elle explore l'âme humaine comme jamais et rend hommage aux pompiers qui font tout pour sauver des vies. Mais comme bien souvent, on voit la déliquescence chez les autres sans voir celle qui insidieusement ronge sa propre famille.

C'est un formidable roman qui aborde l'équilibre de la famille via le prisme du travail, et dans lequel Sophie Loubière fait preuve de beaucoup d'humanité. Tout le monde souffre dans ce roman, les gens ordinaires, Madeline et Christian en premier. Il me semble que « De cendres et de larmes » porte en lui les séquelles de la folle vie de ces 36 derniers mois. C'est un beau tour de force que d'intégrer cela dans ce roman sans avoir l'air d'y toucher. Bravo Mme Loubière, c'est un coup de cœur Whoozonien et je remercie les éditions Fleuve/noir pour cet envoi et leur confiance.


Sophie Loubière sur WHOOZONE.COM

Cinq cartes brûlées

Chronique de Bruno Delaroque



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02/07/2021
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