May Fly de Gérard Coquet

May Fly de Gérard Coquet

Whooz : Gérard Coquet
ON : May Fly – Jigal Polar, 2021

May Fly de Gérard Coquet

Chronique de Bruno Delaroque

Chapitre premier, quelque part en Europe centrale, c'est une très mauvaise journée qui s'achève pour Erzan Hoti !

Chapitre deux, un saut de quelques milliers de kilomètres et on se retrouve en Irlande avec notre héroïne, Ciara Mc Murphy, bien connue des lecteurs de Gérard Coquet. La beauté et le charme des paysages de cette contrée prend forme une fois de plus sous la plume virevoltante de l'auteur. Nous sommes en novembre et l’Irlande s'offre à nous dans toute sa splendeur lors d'un footing matinal de Ciara, entre senteurs iodées, nature sauvage et nuages prêts à lâcher des hallebardes sur tout ce qui se présente.

Un certain calme donc avant la tempête pour Ciara qui est loin de se douter que bientôt, elle va se trouver embarquée dans une sacrée spirale. Elle va reprendre du service pour interroger un Italien, placé sous la protection de la police et qui ne veut que Ciara comme interlocutrice !

Cet homme, c'est Salvatore Bonato, une anguille, un manipulateur avéré, mais c'est surtout le comptable du terrorisme de Daesh, qui vient de se tirer avec la caisse !

Planqué sous couverture sur l'île d'Inishbofin, entourée d'eaux tumultueuses à cette période de l'année, on sent déjà arriver les ennuis, et une furieuse tempête parsemée de cadavres.

Dans ce pays où les cormorans et les corneilles s'engueulent, s'engage entre Ciara et Salvatore Bonato une partie de poker menteur et un dialogue de dupe, pendant que l'étau se resserre et que le danger rôde.

Avec la précision de ses mots et force détails, Gérard Coquet nous emmène au cœur des organisations terroristes et de leur combat pour faire ruisseler l'argent de la façon la plus légale possible. On découvre la face cachée du pouvoir de l'argent, nerf de cette guerre, et la face obscure du recouvrement qui touche de multiples domaines et activités. Géré par des individus froids méticuleux et sans états d'âme, le mal se répand insidieusement au sein de la société.

Écriture précise et tranchante, l'auteur nous livre une formidable histoire, soutenue par des descriptions pittoresques et quelquefois au vitriol, comme celle de « Airbnb », aussi pointue que la fabrication d'une « May Fly ». Ça fait mouche dans tous les sens du terme et on se régale !

Ciara est égale à elle-même, toujours grande gueule, pugnace, électron libre difficilement gérable mais tellement attachante.

Côte déchirée, balayée par la pluie et les vents, désert de tourbe et roches gluantes, Jameson 20ans d'âge, autochtones taiseux aux visages burinés par les conditions climatiques, toute l'ADN de l'Irlande sublimée se retrouve dans ce bouquin à la forte saveur iodée.

Déchaînement de violence, exécutions et nettoyage en profondeur, tel un jeu de dominos partis pour une course folle, de l'Europe centrale aux côtes brumeuses de l'Irlande, ça tombe comme des mouches sous la plume de notre auteur.

Coté Irlande justement, même si l'action se déroule dans des paysages très aérés, on a presque l'impression d'un huis clos étouffant. Ambiance humide et oppressante, bien rendue par un auteur au sommet de son art, on nage dans une angoissante et poisseuse histoire que même les vents glacés et puissants de novembre n'arrivent pas à éradiquer.

Quant à la fin de cette histoire, c'est un cocktail explosif !

Entre « Apocalypse Now » et « Django Unchained », « May Fly » est un déluge de chaque instant noyé sous le plomb des balles, des explosions, des lames qui tranchent et une météo de fin du monde. Scènes de guerre sur Terre et sur Mer, avec des vies qui ne tiennent qu'à un fil fragile et solide à la fois comme celui d'une ligne de pêche.

Au pays de la tourbe, dans ce coin supposé calme et retiré, on n'est pas prêt d'oublier ce déferlement de violence. L'écriture de l'auteur, une fois de plus au cordeau nous transporte et rend les scènes chirurgicales et cinématographiques comme si Tarantino était derrière la caméra.

Cet huis clos au grand air, hé oui j'insiste, laisse le lecteur épuisé et conquis par le cheminement du scénario qui va crescendo jusqu'au dénouement final. Retrouver Ciara et l'Irlande majestueuse fut un grand moment de bonheur, d'autant plus que l'on pourrait dire qu'elle se met toujours en quatre pour « amuser » la galerie.

Bravo Gérard Coquet, c'est un coup de cœur et merci à l'éditeur pour cette couverture que j'ai trouvé sublime (la quatrième aussi, merci !).


Gérard Coquet sur WHOOZONE.COM

L’aigle des tourbières
Chronique de Bruno Delaroque

Pour aller plus loin

http://polar.jigal.com/


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30/07/2021
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