Stavros sur la route de la soie de Sophia Mavroudis

Stavros sur la route de la soie de Sophia Mavroudis

Whooz : Sophia Mavroudis
ON : Stavros sur la route de la soie – Jigal Polar, 2021

Stavros sur la route de la soie
de Sophia Mavroudis


Chronique de Bruno Delaroque

Ce troisième roman de Sophia Mavroudis commence dans une Athènes libérée après quatre mois de confinement. Le commissaire Stavros, son héros fétiche, est attablé à la terrasse de l'hôtel Hérodion en train de savourer cette liberté retrouvée. Il profite de la vue imprenable sur la ville et l'Acropole en savourant verres de blanc et pistaches.

En trois chapitres l'auteur nous offre la chaleur tardive d’une Grèce, une fois de plus martyrisée ; cette fois ci non pas par la finance européenne, mais par un virus sournois. Athènes fantomatique et calme pendant quatre mois revit enfin, retrouve sa ferveur, son sens de la fête et de la famille...et un cadavre, tombé du haut d'un immeuble en construction face à la terrasse où se trouvait Stavros en train de s’enivrer.

La situation se complique lorsqu'il s'avère que le mort est un promoteur immobilier chinois, vil et sans état d'âme, rachetant à tour de bras terrains et vieux immeubles, pour y construire plus ou moins légalement des bâtiments défigurant la cité.

En une bonne soixante de page, Sophia Mavroudis nous brosse un portrait de son pays après les crises et le confinement. Regard posé et juste, à travers les réflexions d’un Stavros ou des membres de son équipe. Il y a du fond dans cette histoire et on devine que cette fois-ci, notre romancière va nous livrer quelque chose d’assez époustouflant.

C’est à une enquête trouble et difficile que Stavros et son équipe, Dora, Zervenis, Glyka et Eugène, vont avoir droit. Interroger la société chinoise de Monsieur Lee (notre macchabée), au profil bien opaque, va se révéler être un affrontement de culture et de civilisation. Et qui est donc cette beauté fatale répondant au nom de Yi Ho que l’on retrouve pratiquement partout ?

La Grèce a perdu de sa splendeur et a été vendue aux financiers chinois qui voient là une énorme porte d’entrée pour pénétrer en Europe. Entre logique économique de survie pour la Grèce et vendre son âme au diable, le choix s’est fait insidieusement. Après l’étouffement légal par la puissance financière bruxelloise vient l’étranglement sombre et progressif amené par l’argent chinois ; séduction dolosive et invasive de la pire espèce. Malheureusement le constat est sans appel et la Grèce est toujours le dindon de la farce.

Bruxelles + Covid + Chine = équation turbulente et meurtrière pour nos amis grecs ! En posant les pieds en Crète au mois de juin, j’ai pu vérifier par moi-même les dégâts occasionnés par les deux premiers. Des hôtels flambant neufs sur le front de mer de Chersonissos (construit peut-être grâce à des capitaux chinois), qui ne verront jamais le moindre client et sont fermés avant d’avoir ouverts.

Lorsque vous lisez un roman de Sophia Mavroudis, vous savez que vous embarquez pour un pays culturellement et historiquement riche. Si les touristes y vont pour le soleil et l’hospitalité des Grecs qui n’est pas un vain mot, vous verrez que l’auteur nous propose une radiographie de son pays, entre hédonisme et réalité crue, un pays sclérosé par la dette et rongé de mille maux.

Athènes, Le Pirée, son port et ses quartiers, phare d’une civilisation naguère brillante sont la cible d’enjeux monstrueux. Bascule et gangrène, horreur et destruction, l’envahisseur chinois est peut-être le pire que la Grèce n’ait jamais eu à affronter. La Covid et les invasions anciennes font pâle figure à coté !

Dans la plus pure tradition de la Guerre Froide, la Chine a remplacé la Russie et elle est d’autant plus dangereuse qu’elle est larvée et pernicieuse, discrète et invisible en surface car elle englobe tous les secteurs et toutes les activités.

La Grèce est à vendre à la découpe où aux enchères et elle se fait piller ! Beaucoup sont prêts à tout pour avoir leur part du gâteau et la pieuvre chinoise, tapie dans l’ombre œuvre depuis longtemps en manipulant, corrompant, mettant en place ses pièces maîtresse là où il le faut. Elle excelle comme à la plus belle époque soviétique.

D’une simple enquête pour meurtre, on passe à une vision globale effarante d’une Grèce aux abois dont on ne parle pas du tout ici en France ou ailleurs. C’est assez sidérant et Sophia Mavroudis nous éclaire avec ce roman coup de poing.

Son style s’est musclé en allant à l’essentiel, cela donne un propos beaucoup plus incisif et percutant. Les personnages sont parfaitement en place maintenant, mélanges de traditions et de résistance, de bonté et de finesse.

Ce troisième opus des aventures de Stavros est remarquable et je lui décerne un gros coup de cœur whoozonien. J’ai déjà envie de retourner en Grèce avec le prochain ouvrage de Sophia Mavroudis, de déguster un ouzo, du poulpe grillé, et de faire une pause à l’ombre d’une terrasse en dégustant un café….grec bien sûr.


Sophia Mavroudis sur WHOOZONE.COM
(Chroniques de Bruno Delaroque)

Stavros

Stavros contre Goliath

Stavros sur la route de la soie


Pour aller plus loin

http://polar.jigal.com/
.

27/10/2021
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