Le Carnaval des ombres de R.J.Ellory

Le Carnaval des ombres de R.J.Ellory

Whooz : R.J.Ellory
ON : Le Carnaval des ombres (Sonatine, 2021)

Le Carnaval des ombres
de R.J.Ellory


Chronique de Bruno Delaroque

En cette fin d'année 2021 le cadeau que je décidais de me faire fut de terminer mon année de lectures par « Le Carnaval des ombres » le treizième roman de R.J.Ellory publié en France aux éditions Sonatine.

Nous sommes en 1958 et nous allons assister à la première enquête en tant que responsable de l'agent spécial senior Michael Travis. Un meurtre dans un cirque ambulant, et une plongée dans la jeunesse de notre enquêteur, il faut peu de mots et de temps pour éveiller notre curiosité.

Toute la puissance du roman noir est ici présente dans les cinquante premières pages. C'est violent, inéluctable et fait avec grand talent. L'enfance de Travis nous est exposée et c'est un gamin qui a vu et vécu la violence au sein même de son foyer jusqu'à ce que « La terrible rage » prenne fin. Qu'est-ce que cela va induire sur son comportement ou ses actes ; on se doute bien qu'il y aura des répercussions à un moment ou à un autre !

Facilement comme à chaque fois R.J.Ellory nous emmène dans son histoire de façon fluide et avec précision. On aborde la psychologie de notre enquêteur et c'est avec une certaine humanité que l'on aborde le monde du cirque et du merveilleux ; ces troubadours modernes et déracinés vus d'un sale œil par la majorité des gens. Troupe faite d'individus bizarres ou difformes ; ici ils forment une vraie famille sur laquelle veille et règne le directeur Doyle.

Avec ce treizième roman, R.J.Ellory nous dresse un portrait de l'Amérique rurale des années cinquante et de ses hommes qu'ils soient du bon côté de l'ordre ou délinquants en devenir.

On y parle du FBI et de l'obsession d'un Hoover, le patron, désirant tout contrôler et tout savoir grâce à son officine fédérale. De l'affaire Karpis au monde du cirque, il y a à priori peu de passerelles mais les hommes sont les mêmes.

De l'agent Travis à Doyle, directeur d'un cirque qui ressemble plus à une cour des miracles qu'à un manège enchanté, on a un panel de vies riches et tourmentées. C'est un monde étrange fait de bric et de broc, d'âmes meurtries, d'existences brisées évoluant dans le décor paisible d'une Amérique à la fois accueillante et sur ses gardes. Une atmosphère mystérieuse et ouateuse où l'agent Travis semble avoir du mal à trouver ses marques.

On y aborde le chaos des années quarante, les nazis en Irlande, la résistance en France, Auschwitz, le soulèvement hongrois, bref la grande Histoire, celle au cœur d'une Europe à feu et à sang qui n'avait pas cessé d'être un terrain de jeu pour dictateurs mégalomanes.

Mais entrez donc Mesdames et Messieurs, le spectacle va commencer. Jeune ou vieux, crédules ou cartésiens, la représentation de ce cirque unique va éclairer les âmes d'une lumière nouvelle, amuser et séduire la galerie ; ou simplement rendre les gens un peu plus heureux. La magie d'une illusion grandeur nature servie par des artistes adroits et venant des quatre coins du monde est une bouffée d'air pur dans cette Amérique des années cinquante à Seneca Falls.

A moins que….

Et si tout cela n'était qu'une grande foire aux mirages, un miroir aux alouettes ou plus encore une manipulation profonde ? C'est un vieux serpent de mer qui ressurgit et l'on ne peut s'empêcher de penser en 2021, que le sujet est toujours d'actualité avec la Covid et tout ce que cela implique en ce moment. Ecrit en 2014, ce « Carnival of Shadows » (titre original) ; bien que se déroulant dans les années cinquante, montre qu’il est légitime de se poser certaines questions et que nous avons raison de ne pas prendre pour argent comptant ce que l'on cherche à nous vendre aujourd'hui.

Bien sûr depuis ces années-là, on a franchi beaucoup de caps et maintenant on nous livre prête à être ingérée directement par le biais de nos grands écrans plats, la doctrine officielle du 1er janvier au 31 décembre. Peu importe les moyens et la technique, le résultat est le même, cela évolue avec l'époque et se fait au grand jour.

De la Guerre Froide à aujourd'hui, les choses ont peu changé. Les Ricains sont toujours à la manœuvre comme dernier rempart contre les « méchants » du Monde. Jadis le Communisme, hier avec l'Irak et Saddam Hussein et aujourd'hui La Covid avec Pfizer ; la Solution, seule arme préventive contre le virus.

Je sais, je vais loin, mais je pense que si R.J.Ellory devait écrire ce bouquin en 2021, il l'écrirait certainement de façon un peu différente.

Lire c'est voyager, imaginer, et peut être que mon ressenti dans dix ans ne serait pas le même, mais fin 2021, je trouve cette réflexion autour de la manipulation et du contrôle particulièrement troublante.

Ce Carnaval des ombres est particulièrement réussi. Il est surprenant d'actualité, et comprend de nombreuses zones d'ombres et de références à l'histoire. Il doit éveiller en nous la méfiance et nous apprendre que la vérité peut être différente selon l'endroit où l'on se place pour la regarder. Mais une chose ne change jamais ; dès que du fric est en jeu, ou qu'une petite domination est possible, les américains ne sont jamais bien loin, quitte à raconter n'importe quoi pour obtenir un peu plus d’emprise sur les gens et sur le monde.

Bravo Monsieur Ellory, j’ai bien choisi ma dernière lecture de l’année !


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Pour aller plus loin

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05/01/2022
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