Rencontre avec Jérôme Camut et Nathalie Hug

Rencontre avec Jérôme Camut et Nathalie Hug

Whooz : Jérôme Camut et Nathalie Hug. Olivier Vanderbecq et Romain Delvallée. Eppy Fanny et Bruno D.
ON : Humeurs Noires, la Librairie lilloise des univers sombres

Rencontre avec
Jérôme Camut et Nathalie Hug

Une rencontre participative du Corbac*

Un an de patience. Jérôme Camut et Nathalie Hug sont enfin les invités de la Librairie Humeurs Noires de Lille. Le couple est le parrain de la Librairie lilloise. Cette dernière a ouvert ses portes il y a un an déjà, son inauguration à lieue avec la venue des « CamHug », comme ils aiment à s’appeler. Le thème de la rencontre du jour : comment être un couple dans l’écriture. Nouveau sous le soleil d’Humeurs Noires, Olivier Vanderbecq, le Corbac Himself, laissa la place à Eppy Fanny puis à Bruno D. respectivement blogeuse et passionné de lecture dans son rôle de modérateur/animateur de la rencontre. Surpris, les deux animateurs d’un jour relevèrent le défi haut la main, sans préparatif, mais avec passion. Olivier Vanderbecq ne restant pas bien loin pour relancer le débat. Récit d’une rencontre atypique, récit d’une véritable Master-Classe.

Galerie exclusive.

Eppy Fanny

Ecrire à deux, à l’origine

Jérôme Camut : Le premier roman que nous avons écrit ensemble était « Prédation ». Un roman que j’avais ébauché, et que nous avons continué Nathalie et moi. J’ai vécu un épisode malheureux avec « Malhorne », mon premier livre fut publié, mon second était en passe de l’être quand mon éditeur eu des problèmes. Avec l’écriture de « Malhorne » j’étais sûr d’avoir trouvé ma voie. Je voulais continuer le travail d’écriture mais avec la ferme intention qu’autrui ne décide plus de mon avenir. Je travaillais alors dans le Cinéma, je me suis dit : « trouve une histoire facilement adaptable à l’écran, mais inédite ! ». Entre temps j’ai rencontré un autre éditeur, Bragelonne, qui a racheté les droits du premier tome de « Malhorne », et qui a continué la série. « Prédation », à l’état d’ébauche, est resté dans un tiroir. J’ai rencontré Nathalie (qui vous parlera de notre rencontre …)

Nathalie Hug : Nous n’habitions pas ensemble, et Jérôme m’envoyait ses textes de « Malhorne ». Un jour il m’a envoyé 300 pages de « Prédation » que j’ai lues en deux nuits ! Il me semblait évident qu’il ne puisse pas laisser ça dans un tiroir. L’un de ses copains réalisateur voulait en faire une adaptation. L’écriture du scénario nous a apporté des idées pour une autre mouture du roman, celle que vous connaissez aujourd’hui. Au départ les hommes enlevés l’étaient avec leurs épouses, ce que nous avons changé en mettant des enfants à la place, ce qui est bien plus cruel. 


Aparté. De l’importance des pères dans l’œuvre de Jérôme Camut et de Nathalie Hug

Nathalie Hug : Nous idéalisons sans doute le rôle du père ! Jérôme comme moi avons eu des pères défaillants, tout bêtement.


Nathalie Hug : Je poursuis avec « Prédation ». L’écriture du scénar n’a rien donnée, mais elle a apporté des idées nouvelles au roman. Ce fut notre première collaboration. Le texte du départ était issu du travail de Jérôme. C’est pour cela que l’édition originale du livre fait apparaitre non nom en plus petit que celui de Jérôme.


Aborder le Thriller

Jérôme Camut : C’est petit à petit que « Prédation » est devenu un Thriller ! Après la sortie du roman nous étions étiquetés « auteurs de polars », nous devions continuer à rester dans le polar ! (ce qui est typique à la France !). Nous avons continué dans le roman à suspens sans pour autant faire du polar. Nous avons fait du sociétal, de l’aventure ou encore du loufoque (du décalé).

Sur W3

Nathalie Hug : « W3 » est un polar sociétal. « W3 » possède une écriture fluide avec des chapitres courts. Très bien découpé. C’est un monstre que l’on avale assez facilement. « W3 » est un pavé simple à lire, compliqué à écrire ! Il nous a été difficile de donner les informations que nous voulions donner ainsi que l’émotion que nous voulions faire passer avec le moins de mots possible. L’émotion passe quand vous utilisez le bon mot, au bon endroit.

Jérôme Camut : Travailler à deux nous permet de livrer plus d’émotions car nos sensibilités sont très différentes. Nous n’avons pas les mêmes personnalités. Nous ne transmettons pas les mêmes émotions.


Ecrire à quatre mains

Jérôme Camut : J’ouvre parfois des portes que Nathalie refermera.

Qu’est-ce que le travail d’écriture ? En fait. Le travail d’écriture c’est beaucoup de travail sur un premier jet d’écriture, et énormément de travail de réécriture. Cette dernière tâche est beaucoup plus longue que le premier jet d’écriture. Je confesse que je n’aime pas le travail de réécriture. Initialement nous élaborons (ensemble) une histoire. Nous travaillons énormément sur les personnages. Nous pouvons nous inspirer de quelqu’un qu’on connait, d’un personnage de film, d’un mélange … Une fois que nous avons décidé où va notre histoire, quels sont les thèmes que nous voulons fouiller, nous construisons nos personnages.

Nathalie Hug : En avril prochain sortira au livre de poche un spin off de « W3 » consacré au personnage d’Ilya Kalinine. Ce livre n’étant autre que l’une de nos fiches personnages. Vous allez lire ce que nous avons écrits avant d’écrire « W3 » sur un personnage qui n’apparait que dans trois chapitres de « W3 » !

Jérôme Camut : Une fois que nous sommes d’accord sur les cinquante premiers chapitres, ce qui peut évidemment bouger, j’écrirai la première mouture du roman. Je vais travailler sept, huit, neuf, dix heures ! Nathalie ne travaillera pas le texte lors de son premier mois d’écriture. Mes cent pages atteintes Nathalie commencera à réécrire le texte.

Nathelie Hug : Réécrire c’est ré écrire, reformuler des choses, mais c’est également « couper » ou « rajouter » des choses. C’est également bouger du texte. Monter des chapitres différemment. Avoir une première vue d’ensemble de ce que nous avions fantasmé qui va ou qui ne va pas. Nous avons passé pas mal de temps à décider ce qui allait constituer le début de notre nouveau roman afin de vous captiver. Il nous est arrivé de jeter les cent pages écrites du premier jet. Sans les réutiliser.

Jérôme Camut : Réécrire prend plus de temps que de s’orienter vers une nouvelle piste. Il faut comprendre que ce n’est pas l’Histoire qui va modeler les personnages, mais les personnages qui modèlerons l’Histoire. Sans la seconde guerre mondiale Charles de Gaulle n’aurait pas existé, mais c’est parce qu’il est Charles de Gaulle qu’il est parti à Londres … C’est le personnage qui modèle l’Histoire. C’est pour cela qu’on travaille autant les personnages. Il faut travailler pour se confronter à nos incompétences, à nos erreurs … Une fois que c’est bon, on y va.

Nathalie Hug : Nous dressons des tableaux avec des lignes de personnages afin de vérifier et de planifier que les personnages ne montent pas en puissance en même temps. Le risque serait de se retrouver avec un ventre mou ! Le travail du rythme est un travail essentiel.

Jérôme Camut : Nous travaillons nos scénars comme des séries « Netflix » ou HBO ! Nous ne les travaillons pas comme des films. Nous avons appris de séries comme « The Wire », « Six feet under » … Comment construire une histoire chorale. « W3 » est une histoire chorale où l’on s’intéresse à tous les personnages. Tel « Six feet under », nous n’avons pas lâché nos personnages pour « W3 », nous avons offert à nos lecteurs (qui nous le demandais en Salons) les destins de nos personnages « après » les événements.


Le personnage d’Hervé (« W3 »)

Nathalie Hug : Le personnage d’Hervé dans « W3 » est fortement inspiré d’une connaissance qui est entrée dans notre vie après un accident de voiture sans permis. Un jour une voiture sans permis a défoncé notre boite aux lettres, son conducteur s’appelait Hervé. Ce personnage nous a touchés, nous nous en sommes inspirés pour le personnage d’Hervé de « W3 » (il nous avait déjà inspiré pour « Dans les yeux d’Harry », notre livre qui a le moins bien marché). Hervé est un personnage qui a une part d’intelligence dans sa personnalité, même s’il est « l’idiot du village ».


Ré écrire

Nathalie Hug : Je considère les chapitres de Jérôme comme des grillages, je suis le lierre qui grimpe dessus. Je m’appuis sur ses mots, et j’en rajoute, j’en enlève … J’écris parfois des nouveaux chapitres sur quelques idées que Jérôme lance. Jérôme les revisitera, et je relirai ce qu’il a corrigé.

Jérôme Camut : Lorsque l’on écrit à deux, il faut que la chanson soit la même. C’est ainsi que je relirai Nathalie. Nous n’avons pas d’histoire d’égo à propos de l’écriture. Nous avons un égo d’auteur à deux ! Nous faisons en sorte que nos texte soient informatifs, intelligents … si l’un de nous deux transformons le texte, nous savons que c’est pour le bien du texte. Nous avons un égo d’auteur à deux.


Etre complémentaire

Nathalie Hug : Nous sommes également assez complémentaires dans la vie privée. Lorsque nous écrivons seuls nous n’écrivons pas la même chose. « W3 » ou « Les voix de l’ombre » auraient été différentes ! Nous nous sommes vraiment trouvés pour écrire ce genre de romans là. Seule j’écris des choses pour lesquelles je n’ai pas besoin de Jérôme. S’il me « corrige » mon éditrice voit sa patte.


Présenter un quatre mains à un éditeur

Jérôme Camut : Il a été facile de vendre nos romans à quatre mains à « Télémaque ».

Nathalie Hug : Par contre nous avons manqué notre rendez-vous avec « XO » et nous avons eu pas mal de rendez-vous manqués avec d’autres maisons d’éditions. Après « Télémaque », nous passons maintenant chez « Fleuve ». « Fleuve » nous a dit que nous étions les « JR Martin » et les « Stephen King » français. Ils nous ont dits : vous êtes capable de tuer vos personnages principaux, vous avez un univers gigantesque, vous êtes capables d’écrire dans le fantastique, dans le Thriller, dans la littérature générale … « Fleuve » va vous booster, et vous présenter aux libraires car nombreux sont les libraires qui ne connaissent pas notre manière de travailler ensemble. Nous ne sommes pas de la littérature de gare ! Beaucoup de libraires ne le savent pas. Nous avons une façon d’aborder les histoires qui n’est pas commune en France. Nous avons un aspect choral, une écriture à la anglo-saxonne, très visuelle. Il nous fallait trouver un éditeur qui soit capable de vendre le concept « CamHug » tel qu’il existe. Expliquer aux libraires, aux journalistes et aux lecteurs que nous sommes un vrai auteur à deux. Nombreux sont les spécialistes, les lecteurs, qui nous ont dit ne jamais avoir acheté un de nos livres car il y avait deux noms dessus, croyant que chacun avait écrit un chapitre … 

Jérôme Camut : Les gens se font une idée préconçue de ce qu’est un écrivain, de ce qu’est le travail d’écriture … Ceci est véhiculé par les écrivains de littérature blanche qui, à la télé, vous explique qu’écrire est une souffrance et un travail solitaire. L’écriture est en effet un travail solitaire, ici il s’agit d’un travail solitaire, à deux. Les lecteurs, influencés par ce genre de propos, ne comprennent pas comment on travaille à deux !

Nous savons que nous pouvons, que nous savons, écrire de bonnes histoires chorales. Ce qui ne veut pas dire que ce sont de bons bouquins. Mais nous aimons ce que nous faisons. Cela ne veut pas dire que nous n’avons pas de doutes. Nous avons des doutes mais nous savons que nous faisons de la qualité. Nous travaillons avec des mois de prise de tête.


Bruno D.

Adapter les « CamHug »

Nathalie Hug : Lorsque l’on travaille pour la télé (ou pour le Cinéma) à l’adaptation de nos bouquins, on se rend compte que nos livres ne racontent pas une histoire, mais des histoires (trois ou quatre). Nous avons en effet un cerveau « arborescent » ! Nous avons deux cerveaux, et des idées qui se démultiplient. Si nous racontons cette après-midi, nous ne raconterons pas notre après-midi à Jérôme et à moi, mais cette de Jérôme, de Nathalie, d’Olivier, de Bruno, d’Epy Fanny … de Jean-Michel … et nous raconterons comment ces personnages-là se sont confrontés à l’instant que nous racontons. Nous savons que nous avons une manière complexe de gérer les choses. Nous n’avons pas un formatage pour faire simplement les choses, ce qui nous pose problème si nous travaillons pour la télé. La télé nous demande d’écrire des choses simples. Nous avons un projet de série sur le Sérial Killer en coopération avec Stéphane Bourgoin, nous ne souhaitons pas travailler avec les télés françaises. La télé française nous dénaturerait le concept. Nous allons travailler avec des producteurs français sur une série qui ne sera pas tournée en France. Nous n’arrivons pas à inventer des histoires que l’on pourra formater pour la France.


Achever un texte

Nathalie Hug : Il est difficile de répondre à cette question, mais je peux y répondre : « c’est après que Madame ai pris son bain ». A la fin de notre second tome Jérôme était épuisé, nous avions écrit le mot « Fin » et balancé l’info sur facebook de l’état d’avancée de notre bouquin, quand de mon bain j’ai crié à Jérôme que nous nous étions planté et qu’il nous fallait corriger nos cinquante dernières pages !

Jérôme Camut : Nous n’étions pas dans la logique de nos personnages. Nous avions été trop gentils avec nos personnages. Nous n’avions pas recoupé nos sources.

Nous savons quand un récit est achevé après sa dernière lecture, ensemble, et à voix haute. Lire à haute voix nous permet d’entendre la musique des mots, de vérifier si les dialogues passent ou pas …


Des influences littéraires

Jérôme Camut : La lecture de « Millenium » nous a fortement influencés. « Millenium » nous a permis de comprendre l’importance de la construction et des personnages.

J’aime personnellement l’écriture de Boris Vian, mais je ne peux pas dire qu’elle m’ait influencée.

Nathalie Hug : J’aime les hors-séries de San Antonio du genre « La vieille qui marchait dans la mer ». Je ne saurais dire si cela m’a influencé dans mon écriture.
 


Questions du public   

De la persistance des personnages

Jérôme Camut : Mes personnages de « Malhorne » me sont encore en tête. Le but des personnages est qu’ils soient crédibles.


De la documentation

Jérôme Camut : Nous faisons peu de recherches avant notre écriture. C’est en écrivant que nous ciblons nos recherches. Nous avons dernièrement, par exemple, enquêté sur la prostitution. La violence faite aux femmes. L’obsession de l’avilissance de la femme par des personnes que l’on ne soupçonnerait pas …

La réforme de la garde à vue nous a également particulièrement interrogées avec ce qui nous semble être la défense du crime organisé. Il suffit qu’un groupe prenne le même avocat pour que son temps de garde à vue soit dilué.


Sur la sortie en poche d’ « Ilya Kalinine »

Nathalie Hug : Comme son titre l’indique, ce livre s’attachera au personnage d’Ilya Kalinine. Un autre livre devrait sortir autour des personnages de Lara et de Valentin dont les parents ont disparus, vous allez savoir pourquoi !


Surprendre l’autre

Jérôme Camut : Nous avons encore des moments où nous surprenons l’autre. C’est gagné si je lui arrache une larme !

Nathalie Hug : Chez nous nos ordinateurs sont en réseau, on se laisse des messages. 


Projets

Nathalie Hug : J’ai écrit une Nouvelle qui paraitra dans un recueil baptisé « Crimes au Musée ». Mon héros y sera un enfant assez barré !

Jérôme Camut : J’ai actuellement trois histoires en tête. J’aimerai aborder le genre Fantastique.

Nathalie Hug : Il est compliqué de convaincre un éditeur lorsque l’on est déjà dans une case !

 

 

* Le 10 décembre 2016


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08/02/2017
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