Sang chaud de Kim Un-Su

Sang chaud de Kim Un-Su

Whooz : Kim Un-Su
ON : Sang chaud Matin Calme, 2020

Sang chaud de Kim Un-Su

Chronique de Bruno D

Sorti le 9 janvier de cette année naissante, « Sang Chaud » de Kim Un-Su est mon premier coup de cœur de l'année 2020 ! Ce « Sang Chaud », polar coréen qui ne manque pas de sel est une sacrément belle découverte. Je remercie l'attachée de presse et les éditions Matin Calme pour m'avoir offert un beau voyage au cœur de la culture mafieuse coréenne.

Parce que oui, cette histoire se déroule à Busan, en Corée du sud, deuxième ville du pays et cinquième port mondial en trafic de conteneurs. Un lieu qui focalise toutes les convoitises et attire la pègre et les voyous comme des aimants. Avec ses règles, ses coutumes, sa hiérarchie et un certain code d'honneur entre les individus quel qu'ils soient. Ici on se salue respectueusement en inclinant le torse presque à 90°, obséquieusement, même si on sait qu'on va planter sauvagement une lame à sashimi l'instant d'après. 

Guam, quartier sordide de Busan est dominé par Le Mallijang, un fameux hôtel dont le propriétaire le Père Sohn est un vieux monsieur respecté et qui est en réalité une espèce de Don Corleone version coréenne. C'est lui qui tient le quartier, règne sur le port et sait de par son grand âge qu'un truand à Guam, pour vivre longtemps, doit vivre caché. Pas de signe de richesse extérieur ni de costard luxueux  ou encore de tatouage signe d'appartenance à un clan. Surtout il faut veiller à ne pas sattirer et rendre jaloux le politique. Ainsi va la philosophie du Père Sohn, un sacré personnage qui devant une façade respectable cumule lâcheté et cruauté. Attaché au Père Sohn, considéré comme le bras droit du vieux qu'il accompagne depuis vingt ans, Huisu, est le gérant de l'hôtel. La quarantaine, plutôt considéré comme un grand frère respecté et juste, il n'a cependant pas un sou de côté et aime se détruire à l'alcool local et accumule les dettes dans les cercles de jeux.

Les héros de cette histoire ont tous de la consistance, du vécu, du malheur, et vivent quelquefois comme des zombies broyés par les enjeux d'une vie et d'une culture qui les a rapidement mis au pas. « Sang Chaud » est instructif, coercitif et finalement très noir avec malgré tout beaucoup d'humanité.

« Sang Chaud » est d'une redoutable efficacité. Autant peinture au vitriol de la société coréenne et de ses truands, qu'histoire d'amour et de respect, ce « Parrain » coréen est une effroyable guerre de gangs pour dominer et posséder le port de Busan. On découvre que dans ce pays, « même dans les bagarres entre les gangs » (P334), il y a des règles. On ne tue pas ici, on surine pour marquer son territoire et impressionner l'adversaire. « Les affaires sont avant tout de la négociations » (p363), et planter un couteau dans le flanc de son adversaire est d'usage.

Et lorsque la guerre est vraiment déclarée, on finit par tuer. Les pertes sont lourdes, ça se transforme en boucherie et on fait disparaître les corps dans une espèce de broyeuse qui transforme les cadavres en nourriture à poissons d'élevage. C'est assez drôle par moment bien que le contexte soit sanglant et violent et que les traîtres pullulent tout au long de ces 476 pages.

Jeux d'influences et de trahisons, corruptions des services de police et des politiques, les nombreux enjeux finissent par dépasser tous nos protagonistes et le sang...chaud coule à flot.

Dans ce roman parfaitement réalisé où « Tang » n'est pas un jus de fruit déshydraté (seuls les gens d'un certain âge pourront comprendre), on voyage, on s'évade, on découvre d'autres horizons et on se prend presque d'amitié pour certains acteurs de ce scénario. On n'a qu'une envie, savoir comment vont évoluer ou pas ces gens, et même si l'on est un peu perturbé par les noms à consonance asiatique, un astucieux glossaire à la fin du bouquin aide à se repérer.

J'ajouterais pour terminer que « Sang Chaud » est livré dans une très belle édition qualitative (papier et  couverture), il fallait le souligner pour cette nouvelle maison d'édition spécialisée dans le polar coréen. Moi je dis, c'est un coup de maître, un coup de cœur ! 

 

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30/01/2020
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