Rencontre avec Michel Quint autour de Fox-trot

Rencontre avec Michel Quint autour de Fox-trot

Whooz : Michel Quint
ON : Fox-trot – Héloïse d'Ormesson, 2015

Aux rythmes du Fox-trot

Rencontre avec Michel Quint autour de Fox-trot

« Fox-trot » est un livre dont le corps se déroule sur quelques jours autour des événements du 6 février 34 et qui se conclu par un épilogue. Un livre qui se déroule à la fin de l'affaire Stavinsky, au moment des manifestations des Camelots du Roi et des Croix de Feu contre la République avec un renversement possible de celle-ci. Récit de la rencontre animée par Michel Paquot* avec Michel Quint autour d'un livre passionnant sur une époque éclairant la notre.

Choix de l'époque.

Michel Quint : Je ne crois pas a un « retour des années 30 » tel qu'il soit évoqué actuellement par la presse. Je ne crois pas à un calque véritable entre notre époque et les années 30. Je pense qu'il y a des échos, et qu'on arrive à un cycle, à la fin d'un cycle où la politique a laissé la place, la possibilité, aux citoyens de penser qu'elle soit un peu corrompue. Que certains élus trempent dans des affaires. Dans « Fox Trot » on sort de l'affaire Stavinski, actuellement, nous baignons dans l'affaire Cahuzac, l'affaire Bigmalion, pour ne citer que celles-là. Si similitude il y a, c'est l'observation de ces pratiques politiciennes de la part du peuple. Voilà ce qui m'a fait dire : « regardons un peu en arrière pour avoir une lucidité accrue dans la présent ».

La situation du 6 février 1934, à Lille.

Toutes les villes de France, le soir du 6 février 1934 (ainsi que les jours qui s'ensuivirent), ont été traversées par des violences extrêmes. Je n'ai rien inventé quant au déroulé des journées lilloises. J'ai fait un travail de documentation auprès des archives départementales. Mes situations à Roubaix (un mort) ou à Lille (charge de la police, arrêt des tramways rue Nationale …) sont véridique. En 1934, les partis politiques appelaient à la manifestation par voie d'affiches, la presse était très importante, et influente. On appelait presque à l'émeute. Pas loin.

S'il n'y avait alors eu que l'Action Française, la République serait tombée. Le colonel Delaroque ne voulait pas d'une prise de pouvoir sanglante. Ce petit monde voulait juste que le Duc de Guise, exilé en Belgique, revienne sur le trône. Le nombre de Croix de Feu ou de membre de l'Action Française était très important en région lilloise. Le siège des Croix de Feu fut d'abord boulevard de la Liberté puis rue Faidherbe, l'Action Française avait son siège, quant à elle, face au restaurant « Alcide ». Nous sommes dans une période avec une présence de l'extrême droite, une présence de ligues violentes, qui manifestaient tous, au moins, tous les dimanches alors que la mairie de Lille était socialiste et qu'il existait un taux de chômage exponentiel dans la Métropole Lilloise.

Le Lille d'hier.

Les voies de circulations n'ont pas tellement changées. Il existe quelques aménagement. Là aussi, je me suis beaucoup documenté. Notamment via le fond photo de la bibliothèque municipale de Lille. C'est ainsi que j'ai pu décrire le kiosque de la gare, un espace vitré comme un véranda. Dans une gare qui est en train de se transformer. Face à la gare, vous trouviez « l'Hôtel de Lyon » (actuellement, un magasin de chaussures) – lieu important de mon livre. L'Opéra est déjà l'Opéra, mais s'appelle « Le Grand Théâtre ». Le Sébasto est déjà construit … Les grands axes sont déjà les mêmes.

Des personnages.

« Fox Trot » suit le parcours de deux personnages, Charles Bertin, instituteur socialiste et son amie, Nellie Levandoski, une jeune modiste. Tel est le début de l'histoire.

Pour moi Charles Bertin représente les forces de progrès, de la culture, avec le souhait que ses élèves se sortent de leurs conditions. Nellie est quant à elle est d'origine modeste, elle représente les efforts de la classe ouvrière pour s'en sortir. Etre couturière, modiste, c'est également être un peu artiste. Nellie véhicule une image de la réussite, elle a sa petite boutique rue de Paris et elle travaille pour le beau monde. Mais elle se fait quelque chose qui a a voir avec « le miroir aux alouettes », elle est fascinée par ce monde où elle a un pied, mais où elle peut facilement se faire expulsée. Elle est à la fois quelqu'un de fréquentable, de présentable, mais quelqu'un que l'on peut très vite bannir.

Mon histoire d'amour (Charles rencontre Nellie lors de l’émeute du 6 février) sera vite perturbée par l'arrivée d'une jeune trapéziste, Lisa Kaizer. Personnage dont j'ai inventé l'identité qui est à l'origine dans les chrorus girl's de « Dessous de fleur », opérette financée par Stavinsky, où l'on y trouve un Fox Trot. Opérette représentée à Paris. Liza Kaiser est le nom de scène de Louise Vandamme, fille de l'assistance publique qui se retrouve sans le sou suite à l'éclatement de l'affaire Stavinsky et à la fermeture du Théâtre de l'Empire, lieu de représentation de l’opérette. Rentrant à pied chez elle, place de la Concorde, elle voit mourir par balle l'une des 15 victimes parisiennes du 6 février 34. De cette personne, véridique, on ne connaîtra jamais l'identité – ce qui est du pain béni pour un romancier. Cela aménage un suspens pour le lecteur qui a moi ne me coûte rien (d'autant que je sais très bien qui est ce personnage !). Un personnage qui me permet de revisiter l'époque, et de revenir sur l'Affaire Stavinsky. A Lille, Lisa se produit nue au « Sphinx », un cabaret inventé. Se produire nue, à l'époque, n'était pas scandaleux. C'était un type de cirque, « le cirque nu », où les numéros se faisaient nus. A partir du moment ou Lisa Kaizer se produit nue, elle attire le gratin lillois. Cette forme de théâtre pratiquée à Paris l'est beaucoup moins en province ! En province bien pensante. En province où les dames mariées à des patrons du textile ont fait construire un bordel et ont financé les filles qui y officient. On a beau être bien pensant, on va s'émoustiller au « Sphinx », devant Lisa Kaizer.

Charles ne sera pas insensible aux charmes de la trapéziste. Un coup de foudre relevant plus du fantasme, plutôt platonicien. Lui qui est dans une relation physique avec Nellie. Permettez moi de dire qu'il est un peu crétin, les deux femmes de son cœur se retrouvent en présence l'une de l'autre !

Une époque, les années 30.

Jojo, mon vendeur de journaux, fait la revue de presse de l'actu parisienne. Mon kiosquier juge que la situation va mal se terminer, Hitler en Allemagne, Mussolini en Italie … autant de discutions politiques, économiques et sociales avec Charles qui ponctuent le récit de points de vues sur l'Histoire qui vit une marche accélérée à cette époque là.

« Fox Trot » possède une lecture sociale et politique de l'époque. On a peine à imaginer les conditions de l'époque. Les patrons, par exemple, imposaient leurs conditions. Ce qui impose un désespoir prolétaire avec, par exemple, des gens qui agressent des buralistes, ou des receveurs de femmes. Les lieux de cultes n'étaient pas épargnés, on y volait des petites sommes. Les années 30 étaient une époque de truands aux petits pieds, tel ce trafiquant de plaques minéralogiques de voitures.

La mission de Charles.

Il va faire de l'entrisme auprès des Croix de Feu, même s'il est originellement connu pour ne pas partager les convictions du groupuscule. Ce qui est plausible par rapport à son histoire perso. Charles a eu une querelle avec un collègue et il s'est fait mettre à pied de l'éducation nationale. Il suffit de faire propager la rumeur que c'est ses opinions politiques de droite qui ont fait qu'il soit mis à pied, lui le fonctionnaire, et le voilà rejoignant les Croix de Feu. Y faisant la taupe. Les Croix de Feu avaient le projets de renverser la République.

Du Fox-trot.

Cette danse est le titre de mon livre. En commençant celui-ci je savais que je voulais situer son action autour du 6 février 34. Par contre, je ne sais plus quant « Dessous de fleur », l'opérette d'où est issu le Fox-trot, est arrivée dans mon récit. Sans doute en enquêtant sur l'époque. Sans doute influencé par l'affiche de cette opérette. Rita Guéhor était du casting, je ne la connaissait pas. J'ai appris qu'elle chantait « Dessous de fleur », j'ai écouté la chanson sur Youtube alors que la fille d'une amie était à côté de moi. Le titre lui a plu. « Dessous de fleur » est une chanson écrite par l'auteur de « l'Auberge du Cheval Blanc ». Le fait que le titre ai plu a une jeune fille d'une vingtaine d'années m'a semblé intéressant, j'ai persisté dans le sillon. Les paroles de « Dessous de fleur », une histoire de prince charmant, sont très soft. L'idéal pour un livre qui semble frivole. Vous savez que mon livre n'est pas tout à fait frivole. Le tragique, tel que Victor Hugo l'a évoqué dans la préface de Cromwell, se situe toujours entre le grotesque et le sublime.


* Le 28 novembre 2015, au Salon de Loos


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09/11/2020
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