Le Rouge et le Brun de Maurice Attia

Le Rouge et le Brun de Maurice Attia

Whooz : Maurice Attia
ON : Le Rouge et le Brun – Jigal Polar, 2021

Le Rouge et le Brun
de Maurice Attia


Chronique de Bruno Delaroque

A chaque fois que j'entame la lecture d'un nouveau bouquin, j'essaie toujours de décrypter l'histoire et de voir quel message l'auteur a pu ou voulu éventuellement faire passer. Quelquefois, c'est juste une jolie fiction sans forcément grande leçon à tirer et sans arrière pensée.

Ici, avec « Le Rouge et le Brun », Maurice Attia nous livre plutôt une œuvre engagée. A travers deux époques et deux faits politiques, il veut nous montrer que la violence ou les vieilles idées puantes ne sont jamais bien loin, tapies dans l 'ombre et le cœur des individus, prêtes à ressurgir.

On retrouve Paco notre ancien flic (« La Blanche Caraïbe » Jigal Polar 2017) qui est devenu chroniqueur au journal « La Provence » (propriétaire Gaston Defferre), une autre époque ! Nous sommes en Mars 1978, Cloclo vient de mourir et en Italie, Aldo Moro vient de se faire enlever par Les Brigades Rouges, ses cinq gardes du corps assassinés !

Paco qui n'a jamais oublié sa condition de flic se fait envoyer à Rome pour couvrir l’événement théoriquement........, en réalité pour échapper un peu à sa vie et beaucoup à sa femme Irène. Il rencontre là bas Léa Trotsky, journaliste politique à « La Reppublica », femme belle et libre, opiniâtre et travailleuse, un peu insaisissable. A peine le temps faire sa connaissance qu'elle se fait renverser par une voiture qui prend la fuite.

Dans une Rome historique et très vivante comme le sont toutes les cités latines, on sent monter un sacré imbroglio. Le récit alterne avec des chapitres où l'on suit la captivité d'Aldo Moro, ses échanges avec ses ravisseurs, ses réflexions sur sa condition.

Ça, c'est pour la partie « Rouge » de ce titre. Pour le « Brun », c'est Irène qui sera concernée. Une visite chez ses parents avec sa fille à Orléans la mène à découvrir au grenier un journal au fond d'une vieille malle de famille pendant que Paco est chez nos voisins italien. Elle découvre assez effarée « L'Antijuif » !

Le Rouge et le Brun sont en fait quasiment deux bouquins presque distincts. Le rouge de l'Italie en 1978 avec les Brigades rouges et le brun avec le retour et la recherche de son histoire familiale pour Irène, avec sa plongée en 1899 dans de vieux relents d'antisémitisme.

Violences politiques de 1899 et de 1978, racisme et terrorisme, parallèles de deux époques pourtant très différentes que n'hésite pas à faire l'auteur. Si l'affaire Aldo Moro que j'ai connu m'a bien intéressée, celle de 1899, un peu plus de 120 ans plus tôt ne m'a guère passionné . Qui s'en souvient, qui s'en soucie ? Mais c'est peut être pour cela que l'auteur l'a remise au goût du jour.

Dénoncer les mêmes maux à travers deux moments historiques éloignés de 120 ans est un pari audacieux et risqué. Il y a eu entre temps tellement de changements énormes de société, de technologies en Europe et ailleurs que je trouve difficile de faire le parallèle entre antisémitisme, terrorisme et violence à travers ces deux époques. Même si extrémisme et racisme prolifèrent depuis toujours, c'est assez gonflé de la part de l'auteur de pointer ces exactions au moment de l'affaire Dreyfus et de l'affaire Aldo Moro comme s'il fallait retenir les leçons du passé.

Finalement la romance entre Paco et la belle Léa allège l'atmosphère du roman d'autant plus qu'Irène très jalouse n'est pas forcément dupe. Plongée dans sa propre histoire familiale, le passé visqueux peut ressurgir pour chacun à tous moments.

Un coup d’œil dans le rétroviseur pour nous dire que le passé finit toujours par revenir, c'est ce que l'auteur a voulu nous dire. D'une façon étrange et à la fois engagée, il tisse son récit avec ses personnages fétiches.

C'est un roman difficile à décrypter et je ne suis pas sûr d'en avoir appréhendé toutes les subtilités. L'auteur s'est exercé à un exercice périlleux et autant j'avais adoré « La Blanche Caraïbe » paru chez le même éditeur en 2017, autant là, j'ai eu un peu plus de mal !

Témoignage du passé, folie des hommes, le constat est assez sévère et bien peu optimiste. La vie des uns et des autres font l'histoire, qu'elle soit grande ou petite, qu'elle soit triste ou joyeuse, qu'elle soit mortelle ou morbide. Maurice Attia nous livre sa version engagée qu'il conviendra à chacun d'entre nous de juger !


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17/05/2021
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