Nouvelles buissonnières Arthur Rimbaud à Douai

Nouvelles buissonnières Arthur Rimbaud à Douai

Whooz : Collectif
ON : Nouvelles buissonnières, Arthur Rimbaud à Douai – Editions Nord Avril, 2021

Belles rencontres

Nouvelles buissonnières, Arthur Rimbaud à Douai

Chronique de François Cappeliez

Belles rencontres, que ce recueil de Nouvelles autour de Rimbaud à Douai.

Belle rencontre également, que celle avec la passion d’un homme : Patrice Dufossé Rybka, lors du Salon de Saulzoir. Belle rencontre et une promesse, celle de donner une seconde chance à ces « Nouvelles buissonnières » que l’éditeur de Nord Avril avaient à cœur de présenter ce jour-là. Mon reproche lors de ma première lecture de l’ouvrage, et notre sujet de discussion avec l’éditeur du recueil : Celui de ne pas connaître les poésies auxquelles les 22 auteurs font référence comme point de départ de leurs Nouvelles. Poèmes issus des « Cahiers de Douai », ensemble de 22 textes que Rimbaud, lors de son séjour à Douai en 1870 chez Georges Izambard, son professeur en classe de rhétorique (« Première ») nommé en janvier 1870 au collège de Charleville avant d’être nommé à Douai en juillet 1870, avait copié sur des feuilles volantes afin de les remettre à Paul Demeny, éditeur, dans l’espoir de les faire publier. « Ces poèmes sont assez célèbres, et les Nouvelles se tiennent par elle-même » m’avait affirmé monsieur Dufossé. Il est vrai que le lectorat rimbaldien aguerri connaît les textes originaux, que « Le dormeur du Val » (« C’est un trou de verdure où chante une rivière »), « Ma Bohème » (« Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ») ou « Roman » (« On n’est pas sérieux, quand on a 17 ans ») sont connus des amoureux des belles lettres, et étudiés en classe, mais qui connaît : « Le châtiment de Tartuffe », « Ophélie » ou « Soleil et chair » ? Il est maintenant vrai, pour moi, après une seconde lecture de l’ouvrage, que l’on peut découvrir « Les Nouvelles buissonnières » sans spécialement connaître les poésies point de départ de chaque Nouvelles. Mais en psychorigide que je suis, je n’ai pu me remettre à la lecture des « Nouvelles buissonnières » qu’après l’achat des fameux « Cahiers de Douai »* !

Les « Cahiers de Douai » est donc un recueil de 22 poèmes, Les « Nouvelles buissonnières » réuni 22 auteurs pour autant de Nouvelles autour des 22 textes écrit par le jeune Rimbaud. Un exercice collectif initié par Philippe Masselot et par Daniel Vandenhoecq (président de l’association des Amis de Douai et ancien président de l’office de tourisme de Douai, décédé des suites du COVID en 2020) auquel l’ouvrage rend hommage.

Ainsi, par ordre alphabétique, et par ordre de rentrée en scène, les « Nouvelles buissonnières » permet de découvrir les univers singuliers de Denis Albot, Philippe Bialek, Michel-René Bouchain, Francisco da Conceicao, Gilles Debouverie, Didier Daeninckx, Jean-Marc Demetz, Juliette Dierkens, Patrice Dufossé Rybka, Roger Facon, Olivier Gruy, Léo Lapointe, Philippe Masselot, Mickaël Moslonka, Hania Raczak, Patrick Saint Vast, Gérard Sévin, Elodie Soury-Lavergne, Gérard Streiff, Vic Traby, Magali Vanhoutte et Josette Wouters.

Participant pleinement du recueil citons enfin Mline, l’auteure de l’aquarelle qui figure sur la couverture du recueil. Une variation, une fine et judicieuse appropriation par l’illustratrice du célèbre portrait de Rimbaud par Etienne Carjat (portrait qui a inspiré la sérigraphie d’Ernest Pignon-Ernest) pour figurer un artiste en pleine jeunesse, qui, interprétation personnelle, a conscience de son talent, et de son avenir tragique.

Des histoires de rencontres souvent sur fond social, confinant à l’universel, et surfant sur l’aspect révolté, écorché vif de Rimbaud.

Les « Nouvelles buissonnières » est véritablement un recueil de rencontres si l’on suit les univers développés par Michel-René Bouchain (et sa « Sidonie »), Francisco da Conceicao, Gilles Debouverie (et son « élue »), Juliette Dierkens, Hania Raczak, Patrick Saint Vast et Josette Wouters et son « Ophélie ». Gérard Streiff (et sa « curée du curé ») et Vic Traby sont quant à eux plus particulièrement attachés à la figure de Rimbaud quand Denis Albot rend hommage à la ville de Douai. Philippe Bialek, Philippe Masselot, Gérard Sévin et Elodie Soury-Lavergne (« La mort, c’est différent des morts. Elle est partout pour qui sait la déceler … » (p 167)) composent avec « La Mort » ! Roger Facon, Olivier Gruy, Mickaël Moslonka et Jean-Marc Demetz (« Vive Lempereur ! ») imposent leurs univers déjantés.

Et s’il ne fallait retenir que trois Nouvelles ! (Une gageure, je retiendrai donc quatre Nouvelles !)

Ce serait celle de Didier Daenickx, et sa « Double vie de Paul Lecuyer », un homme « tout ce qu’il y a d’ordinaire », un « monsieur tout le monde » retraité de l’imprimerie et de l’Etat, collectionneur d’objets relatifs aux instruments de châtiments et notamment possesseur du cliché du cadavre d’un tirailleur algérien. Une Nouvelle inspirée du « Dormeur du Val ».

Ce serait ensuite « La captive » de Léo Lapointe où lorsqu’un écrit de jeunesse de Rimbaud (« La Maline » ou la rencontre du poète et d’une jeune servante dans un cabaret belge) sert magnifiquement le récit du regard d’un homme, Rimbaud lui-même, face à son destin. « Tous les chemins de vent finissent à Hararé » (p 112). Harar est la ville abyssinienne (actuelle Ethiopie) qui vit Rimbaud dans la dernière période de sa vie, négociant, faible de santé, plonger dans une terrible solitude quelques mois avant son rapatriement en France où il décédera en 1891.

Ce serait ensuite « Correspondance paradoxale entre soleil et chair » de Magali Vanhoutte, un texte inspiré par « Soleil et chair » dont les références mythologiques et l’inspiration solaire m’avaient interrogé sur le traitement que pourrait en faire l’écrivain auquel le texte avait échoué. Ma conclusion : Il fallait une poétesse pour rendre hommage au plus grand des poètes, Arthur Rimbaud, pour traduire avec délicatesse cet hymne à l’amour et à la vie original du maître, et la faire sienne en contant une autre histoire d'amour. « Errance, espérance souffrance. Mais qu’importe, puisque l’inaccessible étoile existe » (p 212).

Et, enfin, ce serait « Quelle présence ? » de Patrice Dufossé Rybka qui nous propose un texte « déconstruit » que l’on devine dédié à son ami Daniel Vandenhoecq (« Qui suis-je ? » (p 88)), sans qui ces « Nouvelles buissonnières » n’auraient jamais vues le jour.



* Les Cahiers de Douai, éditions Nathan, collection « Carrés Classiques Lycée » (2018) – 3€60 !

Pour aller plus loin sur WHOOZONE.COM



Pour aller plus loin

https://www.nordavril.com/catalogue/nouvelles-buissonnieres/

N’hésitez pas à commander cet ouvrage en ligne ! Et à découvrir les éditions « Nord Avril » !

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15/09/2022
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