Le Manufacturier de Mattias Köping

Le Manufacturier de Mattias Köping

Whooz : Mattias Köping
ON : Le Manufacturier – Ring, 2019

Le Manufacturier de Mattias Köping

Chronique de Bruno D

Il y a des livres ou des films encensés par la presse et les critiques que l'on finit par lire ou aller voir pour finalement constater que bof bof, tout ça pour ça ! Et lorsque très, très, rarement, je dois dire, c'est encore meilleur que ce à quoi vous vous attendiez, c'est que vous avez vu ou lu est un pur chef d'oeuvre.

Je n'emploie pas souvent ce mot pour qualifier un livre et sur les quelques 300 chroniques en autant de livres lus ces 3 ou 4 dernières années, il y en a très, très, peu qui peuvent se voir accorder cette qualification.

Avec le « Manufacturier » on est dans le hors norme, dans la démesure, mais on est surtout dans un récit que l'on ne pourra mettre entre toutes les mains, âmes sensibles s'abstenir ! Là où des Thilliez, Chattam, Norek, Giebel, Saussey et quelques autres sont capables d'écrire de superbes histoires assez sordides régulièrement, ce « Manufacturier » ferait presque passer ces écrivains là pour de la bibliothèque rose ! Oui je sais, je grossis le trait, mais je vous assure que cet ovni littéraire est un sacré pavé dans la mare de nos bienséances et de nos petites vies pépères.

Ce scénario, c'est la vie de plusieurs hommes et femmes aux destins multiples et croisés. C'est tout d'abord, une mise en lumière de l'Europe centrale des années 90 et du terrible conflit serbo croate, guerres et épurations au menu avec force détails et un compte rendu sans fard et sans filet de cette période ayant engendré des criminels de guerre de la pire espèce.....et des politiciens corrompus jusqu'à l'os qui ne sont jamais bien loin !

C'est aussi une immersion profonde dans les bas-fonds de la ville du Havre, terrain de jeu préféré des truands où deux bandes rivales s'opposent pour faire fructifier leur pognon, à coup de drogues diverses, de filles qui tapinent. Peur sur la ville, violences, règlements de comptes et assassinats, ça tombe comme des mouches.

On trucide, on découpe, on dissout à la chaux rapidement, discrètement, au nez et à la barbe des flics qui tiennent les comptes. Seul le capitaine Radiche, chef de la criminelle aux méthodes proches de celles des malfaiteurs et affublé du surnom de Zéro, semble surnager au milieu de cette nasse nauséabonde et fait peur à tout le monde, y compris à ses collègues flics.

Et puis il y a Milovan Horvat, dans le Causse de Mende, un jeune garçon ayant survécu aux atrocités de la guerre et marqué au plus profond de lui, qui a vu sa famille massacrée sous ses yeux lors du conflit serbo-croate, et recueilli en Lozère par ce qu'il lui reste de famille.

Pour terminer Irena Ilic, avocate chasseuse de criminels de guerre et à la tête d'une organisation spécialisée dans cette recherche, une femme de tête, courageuse, dont son seul but est de retrouver tous ces salauds.

Voilà le tableau proposé par Mattias Köping au départ. 548 pages sans temps mort, un pur bonheur et une promenade, pas de santé, parmi les pires individus que peut comporter l'espèce humaine.

Du cœur des cités et des halls d'immeubles réservés aux trafics particulièrement organisés, des terrains de guerre au cœur des villages d’europe centrale, rien ne nous sera épargné, et l'auteur nous balance en pleine tronche une réalité qui jamais ne s'affichera sur les écrans de BFM. On est dans du lourd, dans l'abject le plus profond et on rentre de plein pied dans une furie immense.

Avec un style combinant la brutalité des mots et des actes, le langage des cités, et une férocité sans limite et sans règle, l'auteur nous retourne l'estomac plus d'une fois grâce à une authenticité plus vraie que nature, comme si on le suivait avec une caméra à la main. C'est dur mais parfaitement exécuté, au service du scénario et avec une puissance telle qu'on ne peut ressortir de là que KO et admiratif devant ce savoir-faire.

Et s'il n'y avait que ça ! Parce que cette histoire addictive est truffée de rebondissements et de trouvailles, preuves que non seulement Mattias Köping a bossé comme un dingue pour nous offrir ce livre, mais qu'il maîtrise parfaitement le sens du rythme et la mise en scène de ses différents chapitres. Pas le temps de lambiner en route, « Le Manufacturier » est un thriller démoniaque qui jouera avec nos nerfs et pour ma part me fera oublier rapidement le précédent roman ou je m'étais copieusement ennuyé.

Maintenant j'ai peur, oui j'ai peur, parce que je vais devoir choisir ma prochaine lecture et je vous avoue que ça va être très très compliqué ….......

 

Pour aller plus loin sur WHOOZONE.COM

Rencontre croisée entre Laurent Malot et Mattias Köping

 

Pour aller plus loin

 

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21/10/2019
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