Epaulard de Thierry Brun

Epaulard de Thierry Brun

Whooz : Thierry Brun
ON : Epaulard – Jigal Polar, 2022

Epaulard de Thierry Brun

Chronique de Bruno Delaroque

Un sixième roman pour Thierry Brun qui continue d'explorer différents univers. Avec « Epaulard », il va d'abord nous parler de la protection rapprochée, mais ce n'est qu'un aspect de ce qu'il va aborder.

Début de roman tout en douceur, mais avec quelques billes de tension ici et là, on fait la connaissance d’Épaulard, alias Béatrice, un agent de protection privé spécialisée dans la protection rapprochée des personnes. C'est une pointure dans son domaine et on la demande partout. On sent la rigueur de ce métier prenant qui n'autorise aucune erreur ; la solitude et les responsabilités qui pèsent sur ses épaules à chaque mission.

Tout cela semble tranquille, presque trop routinier, pour un auteur qui nous a habitué à du polar nerveux et chargé en électricité. On se doute bien que Béatrice abrite quelques fêlures et qu’épaulard (le roman) n'a pas encore tout à fait commencé.

Un bref passage en famille permet d'en savoir un peu plus sur cette existence pas drôle où elle n'a jamais trouvé sa place. Cela gratte un peu, mais pas trop encore !

Et puis, il y a cette mission à 100 000 € proposée en solo, en dépit de toute mesure de sécurité. C'est bien trop d'argent pour refuser en dépit des risques.

Jour J, c'est parti. Au bout de 7 heures de route, l'horreur, la nuit, violence militaire, mortelle, des vies qui volent en éclat comme le pare-brise sous les balles, urgence absolue, la vie s'enfuit sans états d'âme dans un gargouillement de sang et d'air qui manque, volonté de survivre, hélicoptère, miracle peut-être, mais pour quoi faire ?

Puissance des mots et des images dans un chapitre court et fougueux, Thierry Brun est de retour avec son style et ses mots, il fait exploser les codes d'une scène de guerre.

Survivante, rescapée, mutilée, meurtrie, choisissez les mots qui accompagneront le mieux pendant quelques mois le calvaire d'un corps et d'un esprit broyé, ko, mat, détruite ; cut ! Embuée par les médicaments et opiacés, drogues soignantes, Béatrice proche du grand néant et de la sortie de vie, reste une combattante qu'elle a toujours été, et lutte pour se rétablir et avoir le moins de séquelle possible.

Longue, très longue hospitalisation, avant d'envisager une sortie, longue thérapie et encore et toujours des questions pour notre héroïne, peut-on envisager de se reconstruire après un tel drame ? Fuite de l'âme, abandon ; fuite du corps, abattement ; fuite du monde, retour à l'état sauvage ; qui peux survivre à ces chocs extrêmes, qui peut envisager une normalité qui ne sera plus jamais d'actualité ?

La discrétion, l'évaporation, l'invisibilité, disparaître des radars semble être la seule solution pour notre Béatrice. Épaulard n'est presque plus.

Aux confins du Morvan, Mhère, un bled tranquille et paumé, d'abord à l'hôtel puis dans une maison isolée, Béatrice s'évertue à oublier, à respirer, à devenir une ombre au pire ; « La Parisienne » au mieux pour les vieux du village. D'une inconnue que l'on regarde d'un œil curieux elle devient peu à peu Béatrice que tout le monde reconnaît ou salue d'un signe amical. Sous l'oeil bienveillant et quelquefois inquisiteur du curé « Pôl », elle combat ses démons, ses visions, ses souffrances, et essaye d'avancer sur le long chemin de la rédemption, encore impossible il y a quelques temps. Car oui, ce roman est avant tout un regard sur soi, sur l'échec et la culpabilité, sur le temps qui passe et les occasions perdues.

Des mains se tendent pour aider, pour sauver, mais encore faut-t-il les comprendre et les accepter. Ce village isolé n'est finalement pas si tranquille que ça et bien des douleurs peuvent s'y nicher.

Ruralité et désertification des bourgs contre supermarchés et société de consommation apparaissent dans ce roman noir. La vie moderne peut s'inviter de façon pernicieuse jusqu'au cœur des villages et détruire des vies paisibles. Personne n'est à l'abri d'une agression et même si les niveaux sont différents, les conséquences plus ou moins douces, le résultat est le même : des vies détruites et une reconstruction très difficile. La terre comme fondement et promesse de jours meilleurs comme dans « Germinal », gestes simples et vieilles habitudes paysannes, réapprendre à cultiver, c’est la base pour reprendre le contrôle d'une vie, de sa vie.

« Épaulard » est bien plus qu'une ode à la vie, c'est un combat permanent et existentiel et c'est un questionnement complexe sur les choses primaires. De quoi bien se recentrer et faire la part des choses alors que notre monde part en sucette bien accompagné par la surenchère permanente des chaînes d'info H24. C'est encore une pépite Jigal, peut-être un plus discrète celle-là, mais on y parle de sauver des âmes perdues et de la vie qui passe, tout le monde ne le fait pas aussi bien que Thierry Brun !


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27/07/2022
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