Le Sacre des Impies de Ghislain Gilberti

Le Sacre des Impies de Ghislain Gilberti

Whooz : Ghislain Gilberti
ON : Le Sacre des Impies – Cosmopolis, 2020

Le Sacre des Impies
de Ghislain Gilberti


Chronique de Bruno Delaroque

« Sa Majesté des Ombres » (Ring, 2018), « Les Anges de Babylone » (Metropolis, 2019), « Le Sacre des Impies » (Cosmopolis, 2020). Comment peut-on écrire de telles histoires et surtout mettre en œuvre une telle trilogie ?

La « Trilogie des Ombres » c'est plus de 2000 pages d'un travail remarquable en tous points, d'une tâche maîtrisée avec avec un lot impressionnant de rebondissements et de secrets .

Le résultat est un scénario monstrueux avec les zones de mystère et une mise en place pointilleuse pleine de surprises pour le premier tome. Puis un deuxième tome confirmant une maîtrise de l'histoire avec de plus en plus de voiles qui se lèvent. Et enfin, « Le Sacre des Impies », un troisième tome sorti à la rentrée 2020 qui vient conclure ce « truc de fou » sans essoufflement et de façon magistrale.

Ghislain Gilberti est un surdoué pour ceux qui en douterait encore. C'est même à mon avis bien plus que ça. Le lecteur ne peut sortir indemne de tels récits pas plus que l'auteur qui a dû passer des nuits cauchemardesques au moment de terminer son œuvre.

« Le Sacre des Impies » est noir, violent, cynique, mais très réaliste. Rien n'y est laissé au hasard et vous sentirez encore longtemps sur votre peau à moins que ce soit au fond de votre âme, le souffle brûlant du « barbecue sibérien ». Ghislain Gilberti , son auteur, au parcours atypique et à l'adolescence très tourmentée, s'y sert de toute son expérience de vie pour mettre nos nerfs à rude épreuve dans un opus impossible à résumer sans spoiler. Ne comptez pas sur moi pour vous en livrer quelques ficelles.

Sachez cependant que revenir à l'origine du mal et aux années 1995 pour expliquer la naissance de Borderline et expliquer bien des choses est un coup de génie. Cela amène de l'épaisseur, de l'humanité et de l'empathie aux personnages absolument démoniaques que sont Faust Netchaïev et sa bande de psychopathes. Ghislain Gilberti évite ainsi le piège de se répéter et donne une autre orientation, un autre point de vue à son projet, tout en invitant le lecteur à réfléchir.

Ghislain Gilberti nous donne le choix selon que l'on se place du côté des puissants, de la police ou de Borderline. Le romancier distribue le jeu et montre que dans le pays des « Gilets Jaunes » ou des « Sans culottes », les hommes et les femmes ont toujours eu à un moment ou à un autre, le choix de leur destin, de leur avenir, quitte à utiliser la force et la violence.

Entre 1995 et 2011, entre réflexion et enquête policière, entre justice et exactions, ça pulse, ça tue, ça explose, ça perfore, ça rôtit, ça pirate, ça magouille, ça s'enrichit, ça tisse sa toile dans l'ombre, ça sniffe de la coke, ça se pique, ça cisaille, ça égorge, ça détruit, ça meurt, ça vit, c'est l'histoire d'une bande de gamins en manque de repère, blessés et meurtris jusqu'au plus profond de leur chair par des parents plein aux as s'autorisant tout, absolument tout, jusqu'au plus vil et abject. Réalité crue et sordide à l'abri des regards derrière un respect d'apparence donné par le fric.

« Le Sacre des Impies » aborde la naissance de l'hydre, ses racines, sa structure et sa solidarité entre ses membres d’une manière chirurgicale et parfaitement réalisé comme un tir de précision d'un sniper à 1500 mètres. Les chapitres sont nerveux et courts, servis par une écriture au diapason des idées et calibrée telle une mécanique de précision.

On retrouve avec plaisir les héros des deux premiers tomes (enfin ceux qui ne sont pas morts dans les deux premiers opus ! ), les flics comme Cécile Sanchez ou Ange Marie en premier, Faust, Lolita et les autres bien évidemment. J'ai comme un pincement au cœur en refermant le dernier tome de la trilogie parce que je sais que ma prochaine lecture sera forcément difficile.

Je vous l'ai dit plus haut, on ne sort pas indemne d'une trilogie aussi forte que Ghislain Gilberti a écrite avec son cœur, ses tripes et sa sueur.

Il faudrait une adaptation hollywoodienne à ces thrillers avec un metteur en scène de tout premier plan, à moins qu'un Olivier Marchal se colle à la manœuvre en France.

Merci à Ghislain Gilberti pour la révolution du genre qu’il a opéré. Appelez ça comme vous voulez, mais je n'ai connu cela que deux fois précédemment sur près de 500 lectures. Tout d'abord avec « la Trilogie W3 » des « CamHug » et ensuite le « Manufacturier » de Mattias Köpping. C'est vous dire la très haute considération que j'ai pour Ghislain Gilberti qui est capable de nous emmener très très loin avec sa plume et son talent.

Je lui décerne un coup de cœur passionné pour ce chef d'œuvre passionnant de bout en bout !



Ghislain Gilberti sur WHOOZONE.COM

Le Festin du Serpent vu par Eppy Fanny

Sa Majesté des Ombres vu par Bruno Delaroque

A la découverte des éditions Ring



Pour aller plus loin


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16/12/2020
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